Attention au mirage mexicain !

3 avril 2011
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Il y a quelques mois de cela, notre ministre de l’industrie et des nouvelles technologies avait déclaré au magazine Usine Nouvelle que « Le Mexique sert de plate-forme industrielle aux Etats-Unis et cette collaboration donne plus de compétitivité à l’ensemble ». Cette phrase m’avait fait doucement sourire et je l’avais attribué à un possible atlantisme de notre ministre. Quelque temps plus tard, il récidive dans un autre entretien accordé au même magazine en marge des Assises de l’Industrie tenues au Maroc. Dans cet entretien, M. le ministre déclare: « Je crois que le Maroc peut devenir pour l’Europe ce que le Mexique est pour les États Unis. Bref, pour vous Européen, l’industrie marocaine avec sa base de coût raisonnable (mais pas « low cost » au sens péjoratif) est une solution pour mieux affronter l’Asie ». Voilà le gros mot lâché, coût raisonnable pour ne pas dire bas coût tout court !

« Le Maroc peut devenir pour l’Europe ce que le Mexique est pour les USA, … »

En fait si M. Chami se réfère au Mexique spécifiquement c’est parce que ce pays a signé avec les USA et le Canada le North America Free Trade Agreement (NAFTA) en 1993, entré en vigueur le 1er janvier 1994. Le NAFTA est un traité créant une zone de libre-échange dans le but de favoriser les échanges commerciaux entre les trois pays d’Amérique du Nord. Cet accord a été inspiré par la théorie libérale partisane du libre échange entre les pays selon laquelle les marchés peuvent fonctionner en toute liberté et garantir ainsi l’équilibre économique.

Seize ans plus tard, la controverse concernant l’impact de l’accord sur le bien-être des populations persiste. Au Canada et aux États-Unis, le NAFTA semble avoir produit des résultats plutôt positifs, quoique loin des prédictions les plus optimistes véhiculées par les promoteurs de l’accord.

Il en va tout autremenet pour le Mexique où les résultats sont plutôt mitigés. Les indicateurs économiques et sociaux observés démontrent que l’impact de l’accord sur la croissance économique, la réduction des écarts salariaux et la création d’emploi est loin d’être satisfaisant, malgré les gains obtenus au niveau des exportations, de la productivité et de la transparence dans la gestion des affaires.

« … l’industrie marocaine avec sa base de coût raisonnable est une solution pour mieux affronter l’Asie »

Là à première lecture, le ministre semble dire à tue-tête: Le travail coûte cher chez vous avec tous vos acquis sociaux et vous n’êtes plus compétitifs face aux pays émergents comme la Chine ou l’Inde. Au Maroc, le travail coûte moins cher. D’un côté, vous devenez plus compétitifs et de l’autre, les marocains ont du boulot. A première lecture toujours, on pourrait dire: Fair enough, c’est une relation gagnant-gagnant, bravo M. le ministre. N’allons pas si vite en besogne !
La recherche du plein emploi dépend des décisions en matière de politique monétaire et fiscale et non pas de la politique commerciale dont sont tributaires les accords de libre-échange.

Selon un rapport du Carnegie Endowment for International Peace, la restructuration du secteur manufacturier nord-américain résultant de la mobilité des capitaux introduite par le NAFTA a contribué à la création d’environ 500 000 à 600 000 emplois entre 1994 et 2006 au Mexique. La création d’emplois a connu un pic en 2000 puis s’est rétractée due à l’amélioration de la productivité dans les usines mexicaines. L’augmentation des investissements directs entrant dans ce pays a conduit au développement d’une industrie exportatrice à basse valeur ajoutée dédiée à la transformation de biens en provenance ET à destination des États-Unis (commerce intra-branches et intra-firmes) qui a absorbé une bonne partie de la demande d’emploi, surtout dans les régions frontalières.

Le problème des emplois créés est qu’ils sont facilement relocalisables vers d’autres pays à bas coûts. Cependant, comme le note Joseph Stiglitz, « Nafta enhanced Mexico’s ability to supply American manufacturing firms with low-cost parts, but it did not make Mexico into an independently productive economy ». Cette spécificité de la « nouvelle » industrie mexicaine (maquiladoras), combinée aux maigres résultats en matière d’éducation et de réduction des inégalités, fait en sorte que l’économie mexicaine soit très vulnérable à la concurrence des puissances émergentes comme la Chine ou l’Inde, ce qui empêche la création d’emplois durables et à forte valeur ajoutée.

Au niveau des salaires, la convergence salariale annoncée par les promoteurs de l’accord ne semble pas avoir eu lieu à la suite de la signature du NAFTA. Selon Stiglitz, le salaire moyen des Mexicains non seulement n’a pas augmenté au cours de la dernière décennie, mais a diminué à un taux de 0,2 % par année. Bien que le NAFTA ne soit pas à l’origine de ce recul (il est plutôt l’une des conséquences de la crise financière de 1994-1995), les gains au plan de la productivité des travailleurs du secteur manufacturier et des services amenés par l’accord n’ont pas été suivis par des gains au plan du revenu. Il n’est donc pas surprenant que les progrès du Mexique dans la lutte contre les inégalités et la pauvreté soient en deçà de ceux observés dans d’autres pays en développement.

 

 

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  • http://twitter.com/MoorishWanderer Zouhair B.

    Look who’s back! nLe ministre ne s’intu00e9resse pas aux gains de producitivitu00e9, ni une amu00e9lioration du salaire horaire. Juste l’emploi en nombre absolu.

    • http://twitter.com/Hassanee u062du0640u0633u0640u0640u0640u0640u0640u0640u0640u0640u0640u0646 u2714

      D’abord le nombre puis apru00e8s la qualitu00e9 et et l’amu00e9lioration.. Tu parles des salaires.. 7ta ykhdmo b3da hehe

      • http://twitter.com/AnasAlaoui Anas Alaoui

        Relocalisation. Si les bas salaires sont le seul avantage comparatif qu’offre le Maroc, les industriels n’hu00e9siteront pas u00e0 partir vers d’autres cieux plus exploitation-friendly.

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  • Aziz B

    Bien su00fb cher Anas, la solution optimale consiste u00e0 amu00e9liorer le niveau d’u00e9ducation de la population pour augmenter la productivitu00e9 et la compu00e9titivitu00e9. Mais en attendant que le ministre de lu2019u00e9ducation fasse son boulot et obtienne des ru00e9sultats il faudra encore 20 ans.nQue doit faire u00e0 ton avis le ministre de l’industrie ? Prier pour qu’il pleuve peut u00eatre.

  • Sam

    Absolument d’accord ! Lorsque j’avais lu cela, je m’u00e9tais demandu00e9 s’il u00e9tait su00e9rieux ou pas ! Il y a encore du chemin u00e0 faire, on peut avoir de meilleures vision d’avenir pour le Maroc. Mais tant qu’un politique ambitieuse pour l’u00e9ducation n’est pas menu00e9e leMaroc ne pourra vu00e9ritablement du00e9coller.