Voilà une histoire comme on aimerait en avoir sous nos cieux. Un homme politique qui rend des comptes. Ça aurait de la gueule tout de même dans un pays comme le Maroc.
Depuis le 29 janvier, le Right Honourable Tony Blair répond aux questions de la Commission Chilcot qui enquête sur la légalité de la guerre en Irak, officiellement appelée The Iraq Inquiry. Voilà un ancien premier ministre de Sa Gracieuse Majesté qui a passé trois mandats à la tête du cabinet britannique. Le seul travailliste à avoir réussi une telle durée, il est le second premier ministre à dépasser la décade à la tête du gouvernement britannique, juste après Margaret Thatcher qui le devance de quelques mois. Il a été également le plus jeune premier ministre du Royaume-Uni depuis lord Liverpool en … 1812.
Sous sons cabinet et avec l’aide de Gordon Brown, le Royaume-Uni a connu une prospérité économique, la promulgation de lois constitutionnelles notamment le Human Rights Act, l’établissement du parlement écossais … etc.
Malgré tout ces états de service, il est « obligé » de rendre des comptes sur les actions et la politique qu’il a menées lors de sa mandature. L’hébdo de gauche NewStatesman fait sa couverture sur Tony Blair avec sa photo en noir et blanc barrée d’un « Unforgiven » (Unpardonnable) comme si c’était une allusion au refrain du titre éponyme de Metallica.
Dans un très intéressant article bien fouillé, Mehdi Hasan revient sur les paroles de Blair prononcés un mois avant le déclenchement des opérations lors d’un discours à des parlementaires de sa majorité et de l’opposition: « I detest his regime … I do not want war« , (« Je déteste ce régime … je ne veux pas la guerre »).
Disait-il la vérité ? De nombreuses révélations -dont des mémos officiels cités par l’article- tendent à prouver que non. Blair voulait un « Regime change » (« changement de régime ») un an déjà avant le début des opérations de guerre de 2003 en Irak mais l’ancien premier ministre l’a toujours nié.
L’article reproche aussi à Blair d’avoir -pour légitimer cette guerre- fait état d’un lien possible entre le régime de Saddam et la nébuleuse Al-Qaida allant contre les indications de ses services secrets. « Ironically, and tragically, the least credible reason advanced for going to war – terrorism – has been its most catastrophic consequence for the UK » (« De façon ironique et tragique, la raison la moins crédible avancée pour mener cette guerre -le terrorisme- a été sa conséquence la plus catastrophique pour le Royaume-Uni »), résume Mehdi Hasan, rappelant les attentats de Londres en 2005.
le NewStatesman s’interroge également sur la postérité de Tony Blair. « Sera-t-il tenu pour responsable d’être entré en guerre sans une seconde résolution, de la manipulation concernant la menace représentée par les armes de destruction massive et les liens entre al Qaida et l’Irak? ». Pour Mehdi Hasan, la réponse est oui. Tony Blair, de son côté, assume cette guerre. « J’y croyais à l’époque. J’y crois maintenant » avait-il déclaré en quittant le 10, Downing Street. Et à présent, il déclare être prêt a rencontrer son créateur pour répondre devant lui de ceux qui sont morts par sa décision d’entrée en guerre. Mais avant cela, il devra répondre de ses actions devant le parlement, les citoyens.







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