30 000 soldats américains de plus sur le sol afghan afin de juguler la montée en puisse de l’insurrection contre le gouvernement de Karzai. Mon avis est que peu importe la nature de l’intervention, cette décision intervient trop tardivement. Pas seulement de plusieurs mois, mais de plusieurs années. L’administration Bush porte une lourde responsabilité dans l’enlisement du conflit. A Barack Obama d’accepter cet héritage et de se préparer à « s’enfoncer plus avant dans le conflit afin d’en sortir plus vite ».
Barack Obama l’a dit presque dans le même souffle mardi soir face aux cadets de West Point: “J’ai décidé qu’il est de notre intérêt national vital d’envoyer 30 000 soldats américains supplémentaires en Afghanistan. Au bout de 18 mois, nos troupes commenceront à rentrer à la maison”. Les 30 000 hommes supplémentaires commenceront à être déployés “dans la première partie de l’année 2010” et le retrait débutera “en juillet 2011”. Ce qui laisse donc 18 mois, 18 malheureux petits mois pour gagner une guerre qui est restée ingagnable en huit ans. 18 mois avec un boulet au pied, un gouvernement local fraudeur et corrompu. C’est un beau challenge qu’Obama pose là à son armée.
L’opposition républicaine, favorable à l’envoi de renforts, mais plus favorable encore à tout ce qui peut démonter Obama, s’est déjà engouffrée dans la brèche.
Ainsi même si McCain commence par approuver l’option de la contre-insurrection d’Obama, celui-ci s’oppose à la fixation d’une date de retrait trop proche: “Fixer une date de retrait fait passer exactement le message qu’il ne faut pas, à nos amis comme à nos ennemis, en Afghanistan, au Pakistan et dans toute la région, qui tous actuellement doutent que l’Amérique soit vraiment engagée à gagner cette guerre, lit-on sur le site de McCain. Une date de retrait ne fait qu’enhardir Al Qaïda et les Talibans, tout en décourageant nos partenaires afghans et rendant moins probable qu’ils risquent leur vie à nos côtés dans ce combat”.
Et si Obama n’avait pas fixé une date de sortie, les républicains auraient crié: « Envoyer nos boys sans avoir un horizon de sortie est vraiment un manque de vision de la part du président ». Comme dit l’expression marocaine: « Wa7line wa7line ».
Mais dans la “stratégie de sortie” esquissée mardi soir, Barack Obama a été assez prudent à mon avis pour glisser sa propre issue de secours, si les choses tournent mal. Tout en lançant cette date de juillet 2011, il n’a ni précisé combien de troupes seront retirées ni en combien de temps. N’oublions pas que 2011 est la veille des élections présidentielles américaines. Et oui, le temps des démocraties occidentales est cadencé par les élections, celui des talibans est élastique.
Zalmay Khalilzad, ancien ambassadeur américain à Kaboul, illustre le problème par un vieil adage: “C’est vous qui avez les montres, mais nous avons le temps pour nous” l’avaient mis en garde les talibans, il y a plusieurs années … déjà.
MàJ: Corinne Lesnes sur le blog Big Picture, conrrespondante du Monde à Washington, rapporte les propos tenus par deux hauts officiels américains. Ca sent le off. Extrait:
Les deux officiels ont souligné que les interprétations sont erronées. Il ne s’agit pas de retrait – avant les élections de 2012, comme dit CNN- mais de “début” de remise de transfert de pouvoir aux Afghans.
“Mais ni la fin du processus ni l’allure” ne sont définies au préalable.
Les 30.000 renforts vont arriver à l’été 2010.
Juillet 2011 n’est que “le début d’un processus”.







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